La Stagiaire
Epilogue:
Une jeune femme. Une grande entreprise. Un secret.
Dans les couloirs climatisés du plus grand groupe technologique de Cotonou, une nouvelle stagiaire fait ses premiers pas. Timide et maladroite en apparence, Naïla cache pourtant un secret qui pourrait tout bouleverser : elle est la fille du patron. Pourquoi jouer cette comédie ? Que cherche-t-elle vraiment à prouver ? Entre mensonges et vérités, entre son devoir et ses sentiments naissants pour son superviseur, Naïla va découvrir que le plus grand rôle de sa vie pourrait bien être celui qui la mènera à se découvrir elle-même.
Chapitre 1 : Une entrée (presque) discrète
Le hall du siège d’Innovatek, la plus grande entreprise technologique de Cotonou, ressemblait à un temple dédié au dieu du business. Des murs en verre, des écrans affichant des graphiques que seule une élite d’ingénieurs pouvait comprendre, et un silence feutré troublé uniquement par les cliquetis des talons sur le marbre.
Au milieu de ce décor digne d’un film de science-fiction, Naïla se tenait droite, un badge de “stagiaire” autour du cou, le cœur battant aussi vite que si elle allait passer un entretien avec son propre père. Ce qui, techniquement, n’était pas loin de la vérité.
Elle aurait pu entrer ici en grande pompe, sous les applaudissements d’un comité de direction paniqué à l’idée de mal accueillir la fille du big boss. Elle aurait pu exiger un bureau avec vue et une chaise ergonomique digne d’un PDG. Mais non. Naïla avait décidé de jouer profil bas. Pourquoi ? Parce que prouver qu’elle méritait sa place ici sans le passe-droit du “papa directeur” était une mission qu’elle s’était elle-même imposée.
— Vous êtes la nouvelle stagiaire en gestion des données ? demanda une voix masculine derrière elle.
Naïla sursauta et se retourna d’un geste brusque. Son sac heurta un employé qui passait par là, renversant une pile de dossiers bien ordonnés. Un carnage de feuilles s’éparpilla sur le sol.
— Oh non… pardon ! s’exclama-t-elle en se baissant pour aider à ramasser.
L’homme qui venait de lui parler, un trentenaire élégant avec une montre qui coûtait sûrement un semestre de scolarité, la regardait avec un mélange d’amusement et de résignation.
— Premier jour ? demanda-t-il.
— Comment vous devinez ? ironisa-t-elle en tentant de rassembler les feuilles en un seul tas, sans trop de succès.
— L’instinct. Et la maladresse.
Il tendit la main.
— Khalid, superviseur de l’équipe data. On va travailler ensemble.
Naïla se releva un peu trop vite et manqua de trébucher. Heureusement, Khalid eut le réflexe de la stabiliser d’une main ferme sur son bras. Une vague de chaleur monta en elle, trahissant son embarras, mais elle se força à sourire comme si tout était parfaitement sous contrôle.
— Enchantée, dit-elle en serrant la main tendue. Naïla.
— Bienvenue chez Innovatek, Naïla. Suivez-moi, je vais vous montrer votre bureau.
Elle emboîta le pas à Khalid, tentant d’ignorer la vague d’anxiété qui menaçait de l’engloutir. Elle pouvait le faire. Elle devait le faire.
Ce que personne ici ne savait, c’était qu’Naïla ne venait pas juste apprendre le métier. Non, son père, le tout-puissant directeur d’Innovatek, lui avait offert un siège tout prêt au conseil d’administration. Mais elle n’avait pas voulu de ce destin tracé d’avance.
Elle voulait voir ce que cela faisait d’être en bas de l’échelle, de gagner sa place, d’être jugée pour ses compétences et non pour son nom. Alors elle avait insisté pour décrocher un stage comme n’importe quel jeune diplômé. Sauf que pour préserver la supercherie, elle devait aussi jouer la parfaite stagiaire débutante.
Chapitre 2 : Baptême du feu (et de la honte)
Les open spaces d’Innovatek ressemblaient à une ruche hyperconnectée : des écrans allumés partout, des employés concentrés sur leurs tâches, certains en réunion debout, d’autres rivés à leurs claviers. Naïla suivait Khalid à travers les allées, tentant d’ignorer le regard curieux de quelques collègues.
— Voici ton poste de travail, annonça Khalid en désignant un bureau sobre, équipé d’un ordinateur dernier cri.
Naïla s’installa sur son siège, ravie de constater que son espace était bien placé : assez loin des managers pour respirer, mais assez proche pour ne pas être totalement ignorée.
— Tu vas bientôt rencontrer toute l’équipe, reprit Khalid. Je te laisse t’installer, on a une réunion dans dix minutes.
Il lui adressa un sourire avant de s’éloigner. Naïla expira lentement. Premier objectif atteint : s’asseoir sans catastrophe.
Mais son répit fut de courte durée.
— Alors c’est elle…
Naïla releva la tête et tomba sur une femme au brushing impeccable, juchée sur des talons aussi hauts que sa confiance en elle. Ses bras croisés et son regard évaluateur en disaient long : elle était déjà en train de juger Naïla… et ce n’était pas une bonne nouvelle.
— Je m’appelle Sonia, responsable des analyses de données, précisa-t-elle en inclinant légèrement la tête, comme si elle jaugeait une recrue qui n’avait pas encore prouvé sa valeur.
— Enchantée ! Naïla, stagiaire en… enfin, stagiaire, quoi.
Sonia haussa un sourcil, puis son regard descendit lentement… jusqu’au badge d’Naïla qui pendait autour de son cou.
— Oh…
Le ton mielleux d’un prédateur qui vient de flairer une proie.
— Ton badge est à l’envers.
Naïla baissa les yeux et constata, horrifiée, qu’elle exhibait depuis le matin une étiquette où "STAGIAIRE" était imprimé en énorme… accompagné d’un post-it collé dans son dos avec un superbe "BON COURAGE" griffonné en lettres capitales.
Le rire moqueur de Sonia attira l’attention de plusieurs collègues. D’autres s’esclaffèrent doucement en découvrant la blague.
OK. Plan : disparaître sous le bureau et y vivre pour toujours.
Mais avant qu’Naïla ne puisse fuir, une main retira délicatement le post-it de son dos.
— Ne fais pas attention, tout le monde y a droit le premier jour, dit une voix chaleureuse.
Naïla se retourna et croisa le regard d’une femme au sourire complice, des lunettes posées sur son nez et une aura rassurante.
— Moi, c’était un "NE PAS NOURRIR" collé sur ma chaise, plaisanta-t-elle. Je suis Nadège, analyste data.
Naïla, encore rouge de honte—enfin, mentalement rouge—, tenta un sourire.
— Ravi… euh, ravie de te rencontrer, balbutia-t-elle.
Sonia, elle, n’avait pas fini de savourer son petit triomphe.
— Enfin bref, j’espère que tu es rapide d’apprentissage, Naïla, parce qu’ici, on n’a pas le temps de jouer à la maternelle.
Sur ces mots, elle tourna les talons, laissant derrière elle une Naïla mi-humiliée, mi-déterminée.
Nadège posa une main sur son épaule.
— Ne t’en fais pas. Elle est comme ça avec tout le monde… enfin, surtout avec les stagiaires.
Naïla serra les dents.
— Ça tombe bien, je compte bien lui prouver que je ne suis pas une stagiaire comme les autres.
Nadège haussa un sourcil, intriguée par cette réponse pleine de défi.
— Intéressant. Dans ce cas, bienvenue dans l’arène, Naïla.
Et tandis que la réunion approchait, Naïla comprit qu’ici, elle allait devoir se battre. Mais au moins, elle venait de trouver sa première alliée.
